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A petits pas, ... A petits pas, j'essaie d'avancer sur ce sentier serpentant le flanc de la montage. Les yeux rivés vers le sol, j'évite, je chevauche, j'enjambe les cailloux semés le long de la trace aride laissée par mes prédécesseurs. J'accroche mes talons sur l'arrière de mes chaussures pour éviter les meurtrissures de mes orteils. A chaque pas, mes muscles se contractent, se relâchent, mes cervicales retiennent cette tête aiguillonnée de ces difficultés incessantes et répétées. Le temps passe, court, se retient, s'égrenne, s'oublie, se distend. L'effort souhaité, subi, vient à s'oublier lorsque mon pas s'adoucit sur une partie de sentier traversant un herbage tendre et moelleux. La trace s'étale, se répand, se perd. Des fleurs surgissent devant, de côté, plus haut, plus bas. Mon regard, libéré des difficultés du sol, s'aventure de part et d'autre. Mes muscles s'apaisent sur la douceur du sol. Le miracle se produit. Ce qui n'était que pente, raideur, verdure, cailloux, devient un paysage, harmonieux assemblage de formes, de couleurs, de senteurs. Le bien-être m'envahit. J'ai eu ces sensations dans les Alpes, le Pilat, même sous la pluie, l'hiver ou les nuits de pleine lune. Il me plaît à croire qu'il en est de même dans le travail, l'amour ou l'amitié et que ces moments d'émotion constituent la Vie. Je crois aussi, Raymond, par la somme d'efforts que tu engages, que tu nous apportes dans ton art et ton amitié ces moments d'émotion qui sont si importants. Tout simplement merci. Pierre ROYOL |